La fermentation coréenne, j’ai commencé à la tester chez moi il y a trois ans parce que j’en achetais régulièrement en épicerie asiatique et que ça coûtait cher. Le vrai problème, c’était pas la recette elle-même — c’est plutôt que le pot sentait mauvais dans ma cuisine. Pas juste le kimchi ou le légume fermenté, non : c’était l’odeur sulfureuse qui remontait de la fermentation, celle qui envahit toute la pièce et qui reste deux jours après. Je l’ai refaite une bonne quinzaine de fois avant de fixer les vraies techniques qui font la différence : la bonne température, le bon type de pot, l’aération correcte. Aujourd’hui, ma fermentation reste discrète et je peux la laisser sur mon plan de travail sans que ça devienne invivable. C’est une recette qui demande surtout de la patience et un peu de méthode, pas de compétences particulières.
| 🌍 Fiche recette — Légumes fermentés à la coréenne (Jangajji) | |
|---|---|
| ⏱ Préparation | 25 min |
| 🔥 Cuisson | 0 min |
| 🕒 Temps total | 25 min + 5 à 14 jours de fermentation |
| 🍽 Portions | 1 pot de 1,5 litre (8-10 portions) |
| 📊 Difficulté | Très facile |
| 💚 Coût estimé | 4-6€ |
| 🔥 Calories | 28 kcal / portion (100 g) |
| 🌶 Origine | Corée du Sud |
| 🥗 Régime | Végétarien, sans gluten |
| 💡 L’astuce de Théo | |
| Stocke le pot dans le bac à légumes du frigo dès le deuxième jour : ça ralentit la fermentation et l’odeur reste concentrée au-dessus du liquide, sans envahir la cuisine. | |
Pourquoi cette fermentation marche et pourquoi l’odeur devient gérable
La fermentation coréenne, c’est surtout une question de bactéries lactiques qui transforment lentement les légumes. Le problème d’odeur vient d’une fermentation trop rapide ou mal ventilée. Quand tu laisses le pot à température ambiante sans aération, les gaz s’accumulent et créent cette odeur sulfureuse désagréable. Je l’ai compris après avoir testé trois pots différents dans ma cuisine : un hermétique qui sentait très mauvais après trois jours, un semi-ouvert qui restait discret, et un avec un couvercle perforé qui était presque inodore.
La clé, c’est de contrôler la température et de laisser les gaz s’échapper graduellement. Je fermente à température ambiante les deux premiers jours (idéalement 18-22°C), puis je passe au frigo. À cette température plus basse, la fermentation ralentit beaucoup, les bactéries lactiques continuent leur travail mais sans créer cette accumulation de gaz. Le sel dans la saumure joue aussi un rôle : il crée un environnement hostile aux mauvaises bactéries et favorise les bonnes. C’est pour ça que je ne lésine pas sur la quantité.
Au Sénégal, quand j’ai visité un producteur de condiments fermentés, il m’a expliqué que l’odeur forte, c’est justement le signal que quelque chose ne va pas — soit la température est trop élevée, soit il n’y a pas assez de sel. Chez moi, depuis que j’ai ajusté ces deux paramètres, la fermentation reste presque neutre les premiers jours, puis développe une odeur légère et agréable une fois qu’elle est bien établie au frigo.
Ce que j’achète et pourquoi ça compte vraiment pour cette fermentation
- Légumes frais et fermes (chou napa, radis blanc daikon, carottes, concombre) : entre 800 g et 1 kg. Je choisis des légumes récoltés depuis moins de trois jours, sinon ils sont trop mous et ça fermente mal. Le chou napa est le plus courant en Corée, mais le daikon blanc fonctionne aussi très bien et fermente plus rapidement. Si tu n’en trouves pas, le chou blanc ordinaire remplace le napa, le résultat est un peu plus dense mais tout aussi bon.
- Sel de mer non iodé : 30-35 g (environ 2 cuillères à soupe rases). C’est crucial. Le sel iodé tue les bactéries lactiques, donc évite-le absolument. Je prends du sel de Guérande ou du sel de mer brut. À défaut, le sel kasher fonctionne aussi, mais c’est moins fin.
- Eau filtrée ou bouillie refroidie : 750 ml. L’eau du robinet contient du chlore qui peut ralentir la fermentation. Je fais bouillir l’eau, je la laisse refroidir 10 minutes, puis je l’utilise. Ça tue aussi les impuretés.
- Gingembre frais : 15 g (un morceau de 3 cm environ). Je le râpe ou le coupe en fines lamelles. Le gingembre frais donne du piquant et aide à la fermentation. Si tu n’en as pas, tu peux le remplacer par un peu de gingembre en poudre (1 cuillère à café), mais le résultat est moins vif.
- Ail frais : 4-5 gousses moyennes, écrasées ou hachées. L’ail cru crée une saveur plus intense. Certains préfèrent le faire bouillir d’abord pour réduire l’odeur, mais ça diminue aussi le goût. Je le mets cru.
- Piment rouge coréen en poudre (gochugaru) : 1 cuillère à café (5 g). C’est le vrai ingrédient qui donne la couleur rouge et le goût caractéristique. Tu peux le remplacer par du paprika doux (1 cuillère à café) ou du piment d’Espelette (une demi-cuillère à café), mais ce ne sera pas pareil — moins sucré et moins profond.
- Sauce de poisson (nuoc mam ou sauce de poisson asiatique) : 1 cuillère à café (5 ml). Optionnel mais recommandé pour la profondeur. Si tu veux rester végétarien, remplace par du miso blanc (une demi-cuillère à café) ou saute cette étape.
- Sucre : une demi-cuillère à café (2 g). Ça nourrit les bactéries lactiques au démarrage. Tu peux utiliser du miel ou du sucre roux, le résultat change à peine.
Ce qu’il te faut dans la cuisine, rien de plus
- Un pot en verre avec couvercle (1,5 litre minimum) : je préfère le verre parce qu’on voit la fermentation et que ça n’absorbe pas les odeurs comme le plastique. Un bocal à conserves classique fonctionne très bien. À défaut, tu peux utiliser un pot en plastique alimentaire, mais change-le tous les deux mois parce qu’il retient l’odeur.
- Un couvercle perforé ou un linge fin : je fabrique le mien avec un morceau de mousseline et un élastique. Ça laisse passer l’air mais empêche la poussière d’entrer. C’est ça qui fait la vraie différence pour contrôler l’odeur.
- Un couteau et une planche : pour préparer les légumes.
- Un bol pour mélanger : pour préparer la saumure.
- Une cuillère en bois : pour bien mélanger sans abîmer les légumes.
Ma façon de procéder, sans gadget ni technique compliquée
Préparer les légumes
Je lave les légumes à l’eau froide et je les coupe en bâtonnets de 5-7 cm de long. Pour le chou napa, je le coupe en lanières. Pour le daikon, je le coupe en bâtonnets fins. Les carottes aussi en bâtonnets. Je ne les sèche pas complètement, un peu d’humidité c’est mieux. Je mets tous les légumes dans un grand bol.
Préparer la saumure
Dans un autre bol, je mélange l’eau filtrée ou bouillie refroidie avec le sel. Je remue bien jusqu’à ce que le sel soit complètement dissous. Je goûte : ça doit être aussi salé qu’une larme. Je verse cette saumure sur les légumes et je laisse reposer 10 minutes. Ça commence déjà à les ramollir légèrement.
Ajouter les saveurs
Je prépare la pâte à base de gingembre, ail, piment coréen, sauce de poisson et sucre. Je les mélange bien dans un petit bol jusqu’à obtenir une pâte homogène. Je verse ça sur les légumes et je mélange délicatement avec une cuillère en bois. Chaque légume doit être bien enrobé de cette pâte. C’est important de ne pas écraser les légumes, juste de bien les mélanger.
Remplir le pot et démarrer la fermentation
Je transfère tout dans le pot en verre, légumes et saumure inclus. Je presse légèrement pour que les légumes soient bien immergés dans le liquide. C’est crucial : ils ne doivent pas dépasser la surface, sinon ils moisissent. Je place le couvercle perforé (ou le linge fin avec l’élastique) sur le pot. Je laisse fermenter à température ambiante (18-22°C idéalement) pendant 2 jours.
Transition vers le frigo et affinage
Après deux jours, je goûte une petite portion. Si c’est pas encore assez fermenté à mon goût (pas assez acidulé), je laisse encore un jour à température ambiante. Sinon, je mets le pot au frigo avec un vrai couvercle hermétique. Là, ça fermente très lentement pendant 3 à 12 jours selon le goût que je veux. Plus c’est au frigo, plus c’est acidulé. Je goûte tous les deux jours après le passage au frigo pour voir l’évolution.
Ce que j’ai appris à force de la refaire, et les erreurs à éviter
Erreur 1 : laisser les légumes en surface. Ça arrive souvent quand on remplissait le pot trop vite ou qu’on n’a pas bien pressé. Les légumes qui dépassent la saumure moisissent en deux jours. Solution : avant de fermer le pot, j’ajoute un poids — un petit verre rempli d’eau ou une assiette — pour maintenir les légumes sous le liquide. Ça change tout.
Erreur 2 : fermentation trop rapide et odeur forte. Ça arrive quand la température dépasse 24°C. Je l’ai compris en testant : un pot dans la cuisine (20°C) restait discret, un autre près du radiateur (26°C) sentait très fort. Solution : dès le début, garde le pot loin des sources de chaleur. Dès le deuxième jour, mets-le au frigo.
Erreur 3 : utiliser du sel iodé. J’ai fait cette erreur une fois, ça a créé une fermentation très lente et une odeur bizarre. Solution : vérifier l’étiquette avant d’acheter. Sel de mer non iodé, c’est écrit dessus.
Astuce pratique : le test du goût. J’utilise toujours une cuillère propre pour goûter, jamais je mets une cuillère sale ou je goûte directement au pot. Ça évite de contaminer la fermentation.
Astuce pour l’odeur : le rangement. Je garde le pot fermé dans le bac à légumes du frigo, pas sur l’étagère principale. Le froid ralentit vraiment l’odeur, et l’isolement du bac fait le reste.
| 🔄 Variantes saisonnières de la recette | |||
|---|---|---|---|
| Version | Ingrédient clé + quantité | Résultat | Pour qui |
| Printemps léger | Radis rose, tige de poireau (300 g) + gingembre frais 20 g | Croquant, frais, moins piquant | Ceux qui aiment le léger et le crisp |
| Été acidulé | Concombre (600 g) + vinaigre blanc 2 cuillerées à soupe | Très frais, acidulé rapide (3-5 jours) | Ceux qui veulent un résultat rapide |
| Automne riche | Chou napa (1 kg) + miel 1 cuillère à soupe | Profond, sucré-salé, fermentation lente (10-14 jours) | Ceux qui aiment les saveurs complexes |
| Hiver piquant | Daikon blanc (800 g) + piment coréen 1,5 cuillère à café + ail 6 gousses | Très piquant, saveur ail dominante | Ceux qui aiment le punch et la chaleur |
Comment je la garde pour la semaine et au-delà
Une fois au frigo, la fermentation se ralentit énormément mais continue lentement. Je la garde jusqu’à 3 mois au frigo sans problème majeur. Le goût devient plus acidulé avec le temps, ce qui est normal. Après trois mois, la texture commence à devenir trop molle et le goût trop fort.
Je prélève toujours avec une cuillère propre, jamais je ne plonge une cuillère utilisée dans le pot. Ça évite les contaminations. Je peux aussi transvaser une portion dans un petit bocal pour la semaine et garder le gros pot fermé au frigo.
Pour le batch cooking : je prépare souvent deux pots en même temps, un pour la semaine courante et un pour laisser fermenter plus longtemps. Ça me permet d’avoir toujours une fermentation à différents stades d’acidité. Je les range tous les deux dans le bac à légumes, bien fermés.
Si je veux congeler : techniquement c’est possible mais ça change la texture — les légumes deviennent très mous en décongelant. Je préfère garder au frigo. Si j’ai vraiment trop, j’utilise les légumes fermentés dans des recettes où la texture molle ne pose pas problème (dans un riz, une soupe, un bouillon).
Ce que ça vaut niveau nutrition, par portion
Les légumes fermentés coréens sont très peu caloriques et apportent surtout des probiotiques et des fibres. La fermentation enrichit aussi le contenu en vitamines, notamment les vitamines B. C’est un accompagnement presque sans culpabilité.
- Calories : 28 kcal par portion (100 g)
- Protéines : 1,2 g
- Glucides : 5 g
- Lipides : 0,3 g
- Fibres : 1,8 g
- Sodium : 520 mg (le sel de la saumure)
Questions fréquentes
Est-ce que je peux faire cette fermentation sans sauce de poisson pour rester végétarien ?
Oui, complètement. La sauce de poisson donne une profondeur, mais ce n’est pas indispensable. Je remplace par du miso blanc (une demi-cuillère à café) ou je la saute tout simplement. Le goût est un peu moins riche mais ça reste très bon. La fermentation marche tout aussi bien.
Pourquoi mon pot sent mauvais dès le premier jour ?
C’est généralement parce que la température est trop élevée (au-dessus de 24°C) ou que tu as utilisé du sel iodé. Vérifie d’abord la température de la pièce et déplace le pot. Si c’est le sel, il n’y a pas de solution immédiate — la fermentation est compromise. Recommence avec du sel de mer non iodé.
Je peux faire cette recette pour 2 personnes ou pour 10 personnes ?
Oui, ça scale facilement. Pour 2 personnes : divise tous les ingrédients par deux, utilise un pot de 750 ml. Les temps restent les mêmes. Pour 10 personnes : double ou triple les quantités, utilise deux ou trois pots de 1,5 litre. Les proportions entre sel et légumes doivent rester les mêmes (environ 4% de sel par rapport au poids des légumes).
Est-ce que je peux utiliser un Thermomix ou un robot pour couper les légumes ?
Oui, mais attention : le Thermomix coupe très fin, parfois trop. Les légumes peuvent devenir mous trop vite et la fermentation sera moins croquante. Je préfère couper à la main ou avec un mandoline. Si tu utilises un robot, utilise la fonction pulse et coupe en bâtonnets, pas en purée.
Je peux faire cette recette à l’avance et la donner à quelqu’un d’autre ?
Oui, mais attention au transport. Une fois bien fermentée (après 7-10 jours au frigo), elle se conserve très bien. Je la transvase dans un petit bocal hermétique pour donner. Ça se garde 2-3 semaines à température ambiante si c’est bien fermé, sinon 3 mois au frigo du destinataire.
Est-ce que je peux utiliser d’autres légumes que ceux proposés ?
Oui. J’ai testé avec des brocoli, chou-fleur, haricots verts. Ça fonctionne mais la texture est différente. Les légumes durs (carottes, daikon) fermentent mieux que les tendres (champignons, tomates). La règle : plus le légume est dur, mieux il fermente. Évite les légumes trop aqueux comme la courgette.
Combien de temps avant que ce soit vraiment bon à manger ?
Après 2-3 jours au frigo, c’est déjà mangeable et légèrement acidulé. Après 7-10 jours, c’est à mon goût optimal — acidité bien développée, croquant préservé. Après 14 jours, c’est très acidulé et plus mou. Ça dépend de tes préférences. Je goûte tous les deux jours pour trouver mon moment.
Est-ce que je dois stériliser le pot avant de l’utiliser ?
Non, pas nécessaire si le pot est propre. Je le lave juste à l’eau chaude et je le sèche bien. La stérilisation n’apporte rien ici parce qu’on veut que les bactéries lactiques naturelles fermentent. Un pot propre suffit.
Ça peut moisir pendant la fermentation ?
Oui, si les légumes ne sont pas immergés ou si le couvercle ne ferme pas bien. C’est pour ça que je pèse toujours les légumes avec un poids. Si ça moisit (une couche blanche ou grise sur la surface), tu dois jeter tout le pot. C’est pas bon à récupérer.
Je peux réduire la quantité de sel pour moins de sodium ?
Techniquement oui, mais en dessous de 3% du poids des légumes, la fermentation devient instable et le risque de moisissure augmente. Si tu dois réduire le sodium, je te conseille plutôt de réduire les portions que tu manges ou de rincer les légumes avant de les manger.
Une dernière question : tu as une préférence entre chou napa et daikon pour débuter ? Dis-moi en commentaire, ça m’intéresse de savoir ce que tu choisis.
La fermentation coréenne, c’est vraiment un jeu d’équilibre : bonne température, bon sel, légumes immergés, et un peu de patience. Une fois que tu as compris ça, l’odeur devient un non-problème et tu peux en faire régulièrement. C’est un condiment pas cher, presque sans calories, et qui se fait tout seul.
